Marathon du conte : Déclinaisons de merveilleux

Après avoir fini mon bénévolat aux cuisines plus tôt que prévu, je m’apprête à rentrer chez moi quand j’aperçois un panneau annonçant : « Marathon du conte merveilleux », avec une flèche. Je suis naïvement le chemin, et me retrouve, aux jardins du Thabor, au milieu d’enfants plutôt bruyants et de parents effacés. C’est vrai qu’au milieu de tous ces mythes, on en avait presque oublié le jeune public, pourtant crucial lorsqu’il s’agit de le façonner aux légendes, de le formater aux contes, de l’effrayer avec des ogres et de l’endormir avec des princesses.
Je m’assois donc parmi les adultes – les enfants ne restent jamais assis très longtemps -, et je me prépare à revivre mes douces années d’innocence.

Mon premier arrive sur scène et nous raconte une histoire simple, celle d’un roi avare et mesquin finalement piégé par un enfant. Le public participe gentiment, et l’histoire dénonce autant la tyrannie d’un seul que la servitude volontaire de la multitude, avant qu’enfin un enfant porte un regard nouveau sur des situations de domination trop facilement banalisées.

Mon second se situe plus dans la poésie du quotidien, l’abstraction et l’émotion. Il nous annonce ainsi qu’il compte « revenir aux origines », celles du Big Bang entendu dans le son d’un verre Duralex claqué contre un comptoir, métaphore inattendue de la beauté du monde. Il décrit les actes du quotidien avec une infinie tendresse, comme soulever la pile de Paris Match chez le dentiste pour trouver un vieux Sciences et Avenir, ou avoir un petit creux la nuit (« c’est terrible, parce que dans le noir, on ne sait pas où il est »). Les mots sont peut-être un peu trop intellectuels pour les enfants, mais le conteur dérive sur une histoire d’humains et d’animaux tous petits sous la toute-puissance du ciel et des étoiles. Avec de belles images comme celle des morceaux de ciels cachés sous le tapis, il dit la lâcheté de l’homme mais fait aussi l’éloge des ressources des malins et de l’intelligence des « habitués ». Il chante aussi d’une voix claire, une mélodie triste que le public reprend.

Ma troisième ressemble plus à une grand-mère dynamique, élevant volontiers la voix, qui nous raconte l’histoire de « Yann-Mal-Pas-D’Panique », un fils qui, à force de vouloir bien faire, fait tout de travers, au grand désespoir de sa mère, obsédée par le bon sens. Mais rassurez-vous, il finit par récupérer un trésor et assommer des voleurs avec une porte, non sans leur avoir uriné dessus.

Mon quatrième s’appelle Pépito Matéo, déjà chroniqué sur ce blog,  et il est bien décidé à donner du rythme à ce marathon en demandant une participation active au public. Son histoire farfelue est jonchée de mises en abymes, de blagues inattendues, de descriptions rocambolesque, comme par exemple celle d’une semaine de fête uniquement dédié au calamar.

Mon cinquième est inconsolable de la défaite de l’équipe de Rennes et étale avec plaisir son agressivité (il lance des graviers à ceux qui ne l’écoutent pas et dit qu’il  « mate » et « mange » les enfants), avec un humour noir qui fonctionne et un ton parfois grotesque. Il commence par critiquer l’appellation douteuse de « merveilleux », en démontrant que ce qui se cache derrière est toujours abominable, et fait du mauvais esprit : « j’vais t’faire du spectacle pour tous, moi ! ». Il raconte ensuite l’histoire de Zoé, une princesse maigre, méchante, avec un cheveu sur la langue en prime, à laquelle tous les hommes rêvent, mais qui finalement ne trouve aucun époux puisque son favori préfère « aller en boîte ».  Ses personnages hauts en couleur s’appellent « Boit-Sans-Soif », « Bouffe à Balle », « Speedy Wind » et « Bon Péteur », ce qui vous donne une petite idée de l’état d’esprit revendiqué. Il caricature en parallèle les discours pseudo-scientifiques des savants, des politologues et des psychologues (un passage freudien hilarant), en somme, il déconstruit tout ce qui lui tombe sous la main pour notre plus grand plaisir.

Mon sixième et ma septième, puisque sept est un nombre magique dans les contes, nous racontent l’histoire émouvante de la Mère Misère, une vieille femme aigrie qui ne trouve du bonheur qu’au printemps sous son arbre. L’accordéon mélancolique de FannyTastic accompagne le lyrisme percutant du conteur, et dès le début, l’histoire nous prend aux tripes. On a envie de crier sur les garnements qui volent les pommes de la Mère Misère, puisque son seul  souhait est d’en goûter une dernière avant de laisser la mort l’emporter. FannyTastic chante en arrière-plan d’une voix grave et ensorcelante, jusqu’à ce que le pommier enferme finalement la mort, qui ne peut sortir qu’en donnant à la vieille l’immortalité. Mon tout est une conclusion en forme de proverbe : si la misère est éternelle, l’espoir renaît toujours au printemps.

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