La leçon de vie de Corinne Dadat

C’est un drôle d’OVNI que ce spectacle intitulé Moi, Corinne Dadat et représenté dans la petite –mais chaleureuse– salle du théâtre de La Paillette. A mi-chemin entre danse, théâtre, vidéos et one-woman-show, Moi, Corinne Dadat est un spectacle décidément surprenant.

Derrière ce projet, il y a la rencontre que le metteur en scène Mohamed El Khatib nous raconte avec Corinne Dadat. Lui donnait des cours de théâtre dans un lycée de Bourges, elle,  « « 1 mètre 68, 53 ans, 4 enfants », y faisait le ménage. Les deux sympathisent et, rapidement, naît l’envie de raconter cette femme, son quotidien, son histoire, ses rêves aussi. L’idée géniale de Mohamed El Khatib est de la confronter sur scène à une danseuse, Elodie Guezou dont une rapide recherche sur internet m’apprendra qu’elle est également contorsionniste (et ça se voit !).

Sur scène le décor est simple et épuré : un aspirateur, des produits d’entretien et un écran-vidéo. Pas de coulisses, pas de trois coups annonciateurs du début, pas de clap de fin. Corinne Dadat raconte des moments de sa vie. Elle nous parle de sa famille et des rêves qu’elle a pour ses enfants, de sa mère avec les larmes aux yeux, de la politique dont elle n’attend plus rien, des bourges qui sont « aussi sales que les pauvres », de ses revenus. Elle en a marre qu’on lui demande si elle a entendu parler du dadaïsme. Elle avoue, tout en simplicité, utiliser un prompteur quand elle oublie son texte. Elle passe le balai et l’aspirateur, nous raconte son travail quotidien. Corinne Dadat a un avis sur tout, de la réintégration de Benzema en équipe de France à l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne, et sa vision du monde est brute et rafraîchissante.

Elle fait face à sa partenaire danseuse et qui elle aussi, à sa manière, travaille avec son corps. Le moment où Elodie se contorsionne, cheveux au vent, sur les produits d’entretien jetés par terre par Corinne, est à la fois magnifique et extrêmement drôle. L’énergie et la présence combinée de ces deux femmes que tout semble opposer contribue beaucoup à la réussite du spectacle.

L’ensemble se veut sincère, quasi-improvisé. On a parfois l’impression que les traits sont un peu forcés, que certains passages sont trop écrits et frôlent l’artificiel. On pardonne parce que Corinne Dadat est magnétique, terriblement attachante et férocement drôle. Elle capte l’attention des spectateurs parce qu’elle est spontanée et qu’elle nous raconte la vie, la vraie. C’est une femme sensible, désabusée parfois mais jamais aigrie qui se livre à nous avec pudeur et générosité.

Ce qui plait enfin dans Moi, Corinne Dadat c’est la dimension critique, sociale. Mohamed El Khatib rend un véritable hommage à celles et ceux qui, comme elle, travaillent dans l’ombre et manquent de reconnaissance sociale. A ceux que l’on oublie facilement et que l’on croise pourtant tous les jours. Quelque part entre Florence Aubenas –qui en prend d’ailleurs pour son grade– et l’analyse sociologique, son œuvre est salutaire.

Au milieu des applaudissements finaux, Corinne sort un appareil photo et capture l’image du public rennais. Le public est conquis, sous le charme. Elle, Corinne Dadat est inimitable, assurément.

Arthur Ayraud
Visuel © Philippe Remond

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