Thomas Fersen, le mot dit

Baladin malicieux qui jongle avec le réel et l’imaginaire, Thomas Fersen fait défiler devant nos yeux des personnages drôles, émouvants, poétiques et tragiques. Fin cuisinier qui connaît les recettes les plus subtiles pour assaisonner ses spectacles d’une dose de théâtre dont il a le secret, l’artiste met aujourd’hui les bouchées doubles en contes et poésie, de quoi ravir les aficionados du festival des arts de la parole.

Dès la première chanson, Thomas Fersen donne le ton de ce qui sera un concert fait de récits et de musique. La chauve-souris et son tendre parapluie ouvrent le bal pour les titres de son dernier album et les chansons phares qui illuminent le public du Cabaret Botanique. Toujours désireux de surprises et de nouveautés, la musique laisse place à des contes en prose ou poèmes en alexandrins qui nous font voyager dans des univers loufoques, entre des bestiaires malicieux et des dénouements retentissants. Sous les tentures rouge et or, Thomas Fersen s’avance sur le devant de la scène. A peine a-t-il débuté son récit qu’il capte toute l’attention, pari gagné ! Petits et grands sont suspendus aux lèvres d’un chanteur qui raconte les histoires avec panache.
« Ce grain de beauté là, c’est un genre de blason. Il constitue les armes de notre maison. Et je suis rassuré, le jour où je le cherche. Même entre dix millions, je retrouverai mon derche » Derrière le costume noir et la chemise blanche, c’est un compositeur haut en couleurs qui peint à qui veut bien se laisser emporter des fables tout aussi délicieuses les unes que les autres. Avec classe et humour, Thomas Fersen le persifleur tisse l’histoire d’un grain de beauté aux mille vertus. Chaque chanson est un tableau, chaque fable est un sketch. De petites histoires où la mort s’invite souvent à la table, tel un pied-de-nez à des vivants qui ne pourraient échapper à des vies comiques où êtres humains et animaux ne sont pas si éloignés.

L’ultime chanson se termine, « les objets sont susceptibles » lance-t-il. Dernier numéro du conteur qui fait acclamer le matériel au même titre que les musiciens. Dernier tour de passe-passe et en quelques répliques le tabouret devient le fauteuil Louis XVI d’un raffiné salon parisien qui attend que la révolution se termine. « Révolution, ce sera le dernier mot » dit-il de sa voix rocailleuse, sourire au lèvre, visiblement content d’avoir réussi son coup de prestidigitation. Tout le talent de Thomas Fersen est là, concocter un savoureux mélange des genres pour emmener le public dans un univers cotonneux où l’humour, même pinçant, a toujours le dernier mot.

Photo © Loewen

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