Un village en trois dés, Pellerin-age à Saint-Elie-de-Caxton

Premiers pas timides et excités sur le plancher du Cabaret Botanique. Sur scène, une chaise et sa guitare trônent face à nous en attendant leur hôte.  

Il est de ces soirs où l’on ne sait pas tout à fait à quoi s’attendre ni ce qui nous attire là. Simplement l’intuition, la promesse d’un récit qui nous replonge dans un sentiment d’excitation comme quand nous étions gamins. Déridée par le soleil de l’après-midi, mon âme de gosse s’apprête alors à écouter une belle histoire. Un bout de vie semblable à ceux qu’un vieil oncle fantasque raconterait lors d’un repas de famille.

Une voix féminine nous accueille avec un accent exotique qui nous emporte déjà chez nos cousins d’Amérique. Les sourires se dessinent sur les visages, les oreilles sont chatouillées par le ton enthousiaste de l’accent québécois. C’t’accent tsé que l’on a tous -plus ou moins bien- imité, chéri ou raillé pour ses envolées musicales. Ct’e façon de parler pas toujours évidente à la comprenure qui nous inspire la convivialité.

Le bonhomme s’avance sous les applaudissements avec une mine radieuse qu’il ne quittera pas de la soirée. Fred Pellerin se présente à nous en maître conférencier potache pour nous plonger dans ses archives municipales. Dans de grands éclats de rire contagieux, il nous partage la naissance de son village avec l’aide d’Odette, de sa grand-mère et d’un brin de folie séduisant. On découvre alors les tribulations de villageois réunis par des lettres posthumes, des vaches et un enfant aux cheveux blancs.

Le conteur donne avec le plus simple apparat la voie(x) à l’extraordinaire, use du langage et joue avec les mots dans un humour tendre. À cela s’ajoutent quelques parenthèses musicales qui apaisent les rires du public avant la poursuite de ce voyage dans le temps.

À la fin de cette belle histoire, on se moque bien qu’elle soit vraie ou non. L’absence d’enfants ne prive pas la salle de sa féerie. Alors que la raison fait parfois douter de la magie des mots, la réalité des faits n’empiète pas sur un conte plein de vérité, une tendresse mise à nue entre des habitants qui s’ingénient à vivre ensemble. Fred Pellerin fait des ponts entre le conte et l’Histoire, lie les morts aux vivants et dessine le paysage de Saint-Elie-de-Caxton. Il parvient à transmettre son lien intime au village dans lequel il a grandi dans un juste équilibre entre le fantastique et l’historique, laissant au hasard d’un dé le mystère de la création.

Photo Loewen Photographie

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