Anne Sylvestre : 60 ans, quelques rides et alors ?

Et oui « 60 ans, déjà ? », c’est sûrement ce qu’ont dû se dire les nombreuses têtes blanches garnissant les bancs du cabaret botanique, dimanche 15 avril en fin d’après-midi.

C’est pourtant bien six décennies de carrière qu’Anne Sylvestre célèbre dans ce spectacle original.

Il y a des enfants aussi, emmenés par leurs parents, leurs grands-parents. Toutefois, il n’y aura comme d’habitude pas de Fabulettes.

Une salle comble et remplie d’émotions est venue applaudir la native de Lyon, et partager comme un sentiment de nostalgie.

Nostalgie d’abord car la chanteuse porte en elle le souvenir de toute une génération d’auteurs-compositeurs, de songwritters à la française qui fleurissaient et ont connu leur âge d’or dans les années 60/70.

Nostalgie ensuite, car on le sait, la Grande dame a vieilli. Orpheline de sa guitare, c’est un trio orchestral que l’on retrouve sur scène : un piano, un violoncelle et une clarinette, pour accompagner ses chansons, « des anciennes, des récentes, des connues, des méconnues » comme elle explique sur son site Internet. Un florilège de sa longue et généreuse carrière. Les chansons qu’elle entonne sont un retour sur l’âge, sur sa carrière, sur sa vie de femme et de mère, sur son public aussi. Elle y exprime le plaisir qu’elle a pris, et qu’elle continue de prendre sur scène.

Les textes abordent aussi des thèmes actuels tels que la condition de la femme (elle fait d’ailleurs remarquer que les quatre personnes sur scène sont des femmes), l’homosexualité, mais également des questions plus intemporelles comme les bonnes manières, le bonheur, les hommes, l’amour…  Le tout d’une voix à peine tremblante.

« Y a-t-il une vie sans le théâtre ? »

Difficile cependant de ne pas évoquer ses trous de mémoire, ses oublis, qui l’ont poussée, à plusieurs reprises, à recommencer le titre. Alors que le public applaudit pour l’encourager, la réconforter, elle refuse l’ovation : « Un chanteur n’aime pas se tromper » explique-t-elle en donnant la leçon au public. Elle ne dissimule pas cependant une certaine gêne du fait de ces oublis. Un ego d’artiste toujours présent.

Pourtant, ces écueils rendent le spectacle plus intime, nous rapprochent et sont objets d’interaction avec le public. Car oui Anne Sylvestre a vieilli, mais ne semble pas vouloir s’en émouvoir. Une forme de lucidité se dégage de la scène, de satisfaction aussi. Elle n’est pas « la grand-mère que tout le monde rêverait d’avoir » mais bien une artiste. Une artiste qui décrit et met la vie en chansons, et en connaît les limites. Ce n’est pas une interprète qui a fait son temps, elle est une vieille dame de notre temps.

Chanter, elle l’a toujours fait et elle continue, comme lorsqu’elle propose au public une nouvelle composition, qu’elle compte bientôt enregistrer. 60 ans déjà, et pourquoi pas 20 de plus ? Avec de nouvelles rides, de nouvelles chansons.  Elle-même s’interroge ouvertement sur son existence : « Y a-t-il une vie sans le théâtre ? »

Photo © Nico M

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