C’est la vie

La qualité de parent s’acquiert avec la naissance de l’enfant.

La qualité de parent devrait-elle disparaître avec la disparition de l’enfant ?

 

in Guide pratique de la pièce C’est la vie

 

La langue française n’a pas de mot pour désigner le parent qui a perdu son enfant. Cet événement, en rupture avec l’ordre naturel des choses, est rarement évoqué. Mohammed El Khatib, auteur et metteur en scène, ose briser ce tabou dans C’est la vie. Cette pièce retrace la vie de deux parents ayant perdu leur enfant, en 2014.

La particularité de la pièce réside dans le fait que les acteurs jouent, comme ils le disent, « le rôle de leur vie ». D’un côté de la scène, Fanny Catel relate le décès de sa fille Joséphine, qui disparaît dans ses premières années d’une maladie rare. De l’autre côté de la scène, Daniel Kenigsberg, nous plonge dans la douleur liée au suicide de son fils, Sam.

Les deux comédiens prennent tour à tour la parole, en s’échangeant de brèves paroles. La complicité des deux acteurs est palpable : Daniel et Fanny s’adressent des regards emplis de tendresse et surtout, de compréhension. La compréhension de ceux qui, confrontés à l’irrémédiable, tentent de construire une nouvelle sépulture en hommage à leur enfant disparu.

Mohammed El Khatib réalise le tour de force de ne jamais sombrer dans le pathos. Quand l’émotion est trop forte, les séquences vidéo prennent le relai. Ainsi, le public scrute les deux écrans placés sur la scène : on y voit Fanny, sur un canapé, raconter d’une voix douce les derniers moments de sa fille à l’hôpital.

On ne peut qu’admirer le courage de Fanny et Daniel. Ces derniers ne censurent ni leur humour ni leur  opinion personnel. Les remarques les plus inattendues sont livrées au public. Faut-il rire ou s’émouvoir ? Les deux, certainement. La pièce n’est pas scabreuse, au contraire : c’est un moment de vie. Un épisode de compassion, pendant lequel les spectateurs ne peuvent qu’être touchés par la témérité des deux protagonistes.

A la fin de la pièce, peu sont ceux qui osent parler à haute voix. Les spectateurs sortent de la salle Guy Ropartz abasourdis, et conscients d’avoir été témoins d’un instant de résilience qui restera dans les mémoires.

Photo © Christophe Raynaud de Lage