La Convivialité : faire la paix avec l’orthographe

Pour beaucoup de Français, les leçons de grammaire et d’orthographe étaient une torture à l’école. La faute à qui ?

Une dictée au théâtre, qui l’eut cru ? C’est pourtant bien ce que nous a proposé la Compagnie Chantal & Bernadette le Dimanche 22 avril à L’Aire Libre, dans le cadre de leur spectacle La Convivialité.

A peine entrés dans la salle, et bam ! Une feuille, un crayon et au boulot ! Les deux professeurs Arnaudt Hoedt et Jérôme Piron nous replongent en CE2 avec une dictée pleine de sens. Tentant en vain de copier sur ma voisine, c’est avec une sueur froide que je gratte sur ma feuille blanche les mots qu’ils nous lancent, avec la peur de commettre l’impardonnable, l’inexpiable, le plus haut crime contre la langue de Molière !! Faire une faute d’orthographe.

Pourquoi cette peur ? Pourquoi cette honte ? La Convivialité veut justement gommer les tabous autour de la langue française : faire des fautes, ça n’est pas grave, c’est même excusable. En dépeignant toute la complexité de ma langue maternelle, les deux enseignants m’apprennent à l’apprivoiser. L’orthographe, cet ensemble de règles que l’on s’efforce de respecter dans chacune de nos dissertations, de nos lettres de motivations, de nos statuts Facebook ou SMS (ou pas), serait en fait, par sa complexité, la seule responsable de nos fautes. « C’est comme si le code de la route causait les accidents ».

Alors qu’en Turque, la totalité des mots s’écrivent comme ils se prononcent, le son [s]  en Français s’écrit de douze manières différentes (je vous laisse les trouver). Mais pourquoi tant de haine ? L’histoire est la réponse. Plus qu’une simple leçon de Français, ce spectacle est aussi un bond dans le passé pour comprendre l’origine du conflit.

On prend alors conscience de l’archaïsme de nos règles d’écriture, auxquelles beaucoup semblent pourtant attachés. Car, si les réformes des précédents gouvernements ont tenté de simplifier le schmilblick, nombreuses ont été les ferventes oppositions, se dressant comme gardiennes d’un soi-disant héritage, dont personne ne se souvient.

Ce que nous devons nous rappeler, c’est qu’avant le XIXe siècle, même les auteurs les plus reconnus écrivaient selon leurs propres codes orthographiques, et feraient bien fi aujourd’hui, du nombre de « T » dans le mot « Ratture ». Les règles se sont imposées au fil du temps, sous couvert de rigueur, mais avec pour seuls résultats : la sélection et l’exclusion.

Arnaudt Hoedt et Jérôme Piron voient l’orthographe comme un outil. Or, tandis qu’il devrait être au service de l’homme, en tant qu’outil, celui-ci en est devenu le tyran. L’orthographe est devenue intouchable car sacrée. Quelle solution ? Alourdir les cours de français à l’école ? Au détriment des autres matières ? Non bien sûr.

Les deux professeurs ne prônent l’anarchie ni pour nos stylos, ni pour nos claviers. Ils ne nient pas la nécessité de l’existence de règles pour que chacun puisse comprendre l’autre et être compris. Cependant, ils mettent en évidence la pertinence qu’aurait une simplification de celles-ci, afin de réconcilier l’humain avec sa propre invention, l’écriture.

Le principal obstacle à cette simplification est évidemment l’habitude. Nous somes tailement abitués à voire les mots écris de tel fasson qu’il en deviens dézagréable de les voire écris otremand. Ca pique hein.

Depuis des générations, les enfants apprennent à écrire selon le même code. Mais si ce code devait être allégé , ne pourrait-il pas le devenir de la même manière il s’est alourdi : avec le temps ?

Encore faudrait-il que tout le monde l’accepte…

Photo © Philippe Remond

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