Retour sur Ramkoers: un spectacle renversant

Les spectateurs, sagement assis dans le théâtre du Vieux Saint-Etienne, ne semblent pas tout à fait certains de ce qu’ils s’apprêtent à voir. Derrière moi, j’entends : « Mais c’est plutôt du théâtre ou un concert » ? Les deux, à vrai dire. Ou plutôt : c’est une véritable performance.

Un accordéon avance tout seul sur la scène. Puis, une barre de fer tombe. Les spectateurs sursautent. Des ronds de fumée surgissent d’un trou dans un mur. On ne sait pas où regarder : d’où va surgir le prochain objet ?

D’un point de vue extérieur, il peut sembler étrange de monter un décor industriel sur la scène d’une vieille église. Cependant, les bâtisses de l’église rendent la performance encore plus énigmatique.

Les comédiens apparaissent : surprenants, eux-aussi. Vêtus d’une jupe grise, ils arpentent l’église pour amener leurs instruments sur scène. Attention, ne croyez pas qu’ils sont munis une guitare acoustique normale. Non : un archet frotté contre une scie dégage un son strident. Puis, un comédien s’installe à son piano, véritable bric-à-brac d’objets industriels. Ensuite, un musicien fait résonner les instruments à vent : des pompes de vélo, disposées en ligne, émettent un son doux et aigu. La performance la plus impressionnante, selon moi, est réalisée par le comédien qui joue du piano dans une roue : il ne semble absolument pas déstabilisé par le fait de jouer à l’envers.

Bot réalise la prouesse de dégager de la musicalité de cette machinerie. Parfois, il faut l’admettre, j’ai eu l’impression d’entendre seulement des bruits. Toutefois, il faut saluer les nombreux moments de grâce. La voix des musiciens et chanteurs de Bot s’est élevée dans l’église, les instruments accompagnant à la perfection les envolées lyriques.

Mon seul regret est de ne pas avoir compris les paroles des différentes chansons. Il est certes agréable de se laisser porter par les sonorités inconnues, mais cela m’a déstabilisée. Peut-être parlaient-ils du labeur des ouvriers, à qui sont destinés en premier lieu les outils utilisés. Peut-être de leur pays natal, les Pays-Bas.

Quoi qu’il en soit, la performance Ramkoers est saluée par une standing ovation du public. Le groupe Bot mérite amplement cette reconnaissance. Sûrement l’un des spectacles les plus inédits de Mythos.

Photo © Philippe Remond

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