Peter Doherty and The Puta Madres, entre energie et émotions

Le dimanche 31 mars à 21h00, sous le magnifique chapiteau du Cabaret Botanique, la foule attend impatiemment le célèbre Peter Doherty et son groupe the Puta Madres. Lorsque le public commence à l’apercevoir, les acclamations fusent. Chapeau vissé sur la tête, une carte de jeu sur le côté, veste et chemise froissées, la cravate déjà défaite, Peter Doherty annonce son style, entre classe et désinvolture, toujours imprévisible. Lui et son groupe s’apprêtent à nous livrer un concert mémorable, plein de grâce et de puissance brute.  

Une setlist surprenante et efficace

Figure du rock anglais, du punk de The Libertines puis de Babyshambles, jusqu’aux douces ballades de ses deux albums solos, Grace/Wastelands (2009), et Hamburg Demonstrations (2016), Peter Doherty n’a pas besoin de beaucoup d’efforts pour conquérir son public. Cependant, le choix de la setlist s’est révélé surprenant. En effet, le groupe a joué une grande majorité de titres issus de l’album qui sortira cet avril, et donc inconnus du public. C’est donc un pari risqué, mais la qualité d’écriture, l’efficacité des arrangements et la prestation scénique ont su emporter la foule avec brio. La puissance et la rage du dernier single Who’s Been Having You Over se révèle être un indispensable en concert. La présence de quelques classiques a ravi le public, on notera par exemple Last of the English Roses de son premier album solo, Kolly Kibber et Hell to Pay at the Gates of Heaven de son second. Les fans de la première heure pourront regretter le manque de chansons issues de ses premières formations, une seule de The Libertines (qui a su enflammer la foule et former un pogo) et une seule également de Babyshambles. En quelque sorte, on remarque ici une volonté d’aller de l’avant et de proposer un nouveau corpus de morceaux, s’émancipant alors de chansons datant maintenant de plus de 10 ans.

Entre énergie pure et douce mélancolie

La musique de Peter Doherty est teintée de singularité, elle sait parler aux nouveaux auditeurs comme aux habitués et les touche avec le même savoir-faire. Toujours emplis d’émotions, ses morceaux savent allier la puissance rock de ses heures punk/garage à sa mélancolie, sa douce tristesse, jamais désespérée mais souvent passionnée, poétique. Dans ses derniers albums, on découvre un Peter Doherty à fleur de peau, choisissant souvent l’acoustique pour mieux toucher l’auditeur et jouer avec les émotions. Sur scène, alors que l’on aurait pu s’attendre à une constance de la formation 2 guitares électriques, basse, batterie, clavier, Peter Doherty s’arme parfois d’une guitare classique, pour deux morceaux d’un harmonica. Ainsi, même si le groupe sait faire danser les foules sur des riffs entraînants, il sait aussi transmettre une quantité d’émotions.

Un électron libre : l’instable et surprenant Peter Doherty

Ce qu’il faut savoir lorsque l’on se rend à un de ses concerts, c’est que l’on ne va pas seulement voir la performance d’une succession de morceaux, on va aussi voir le personnage de Peter Doherty, véritable bête de scène. Dès les premières chansons, il enlève sa cravate, sa veste, puis attrape le pied de micro, chante avec passion, vers la foule ou vers ses musiciens, puis s’assoit le temps d’un couplet ou s’allonge, enfin repart avec toujours la même énergie. Parfois, il se lance dans de longs interludes, en plein milieu ou à la fin d’une chanson, et expérimente avec sa guitare. Rien de cela n’est prévu et on peut alors observer les regards de ses musiciens cherchant à savoir : quand va-t-il s’arrêter, va-t-on continuer ou alors poser les accords finaux ? Une large place est laissée à l’improvisation et c’est donc un véritable élan de liberté qui se dégage du concert.

Également célèbre pour son amour de la bouteille, les spectateurs des premiers rangs remarqueront la Captain Morgan soigneusement posée sur la scène, restant fidèle à lui-même, et l’on peut alors expliquer en partie sa puissance folle par les élans de passion. Peter Doherty fait également rire, nous surprend : va mimer en jouant avec sa guitare à l’envers, blaguer sur les gilets jaunes, faire un lancé de guitare, prendre le porte-micro comme balluchon… Mais au-delà de son imprévisibilité, le spectateur pourra ressentir la proximité entre les membres du groupe, Peter Doherty venant souvent chanter à leurs côtés, parfois avec leurs micros. La performance nous offre donc un somptueux alliage d’imprévus et d’osmose au sein du groupe.

Que retenir du concert ? Une invitation à un voyage entre émotions teintées de mélancolie, puissance brute et singulière, la découverte de morceaux inédits et un show mené avec grâce par Peter Doherty et sa voix unique. Rendez-vous donc le 26 avril pour la découverte de son nouvel album, Peter Doherty & The Puta Madres, qui s’annonce déjà être une perle rock.

Matis Eugène / © Elodie Le Gall