Winter Family, l’art d’installer une atmosphère mythique aux airs internationaux

Le spectacle commence sans qu’on ne s’y attende vraiment. Jusque là, le chapiteau se remplissait lentement, les spectateurs étaient majoritairement assis sur les bords de la salle, discutant en petit groupe de la dernière prestation vue à Mythos. Seules quelques personnes se tiennent debout afin de se garantir une « bonne place » et observent la scène que les bénévoles mettent progressivement en ordre. D’un coup, un bruit colossal fait sursauter la salle, qui se lève d’un seul homme et se précipite le plus proche possible de la scène. Face au public se tiennent un homme et une femme. Le premier est de dos et effleure les touches de son orgue électrique, pianissimo, la seconde cherche à capter le regard de chacun avec ses yeux bleu électrique avant de commencer à chanter. Le son grave de la voix de Ruth Rosenthal prend tout l’espace dans une atmosphère devenue surréaliste, ornementée d’instruments à percussion divers allant du jouet pour enfants aux cloches. Finalement, cette première impression n’annoncera pas du tout la suite du spectacle, plutôt de type rock moderne, entraînant le public sur des rythmes endiablés allant jusqu’à faire trembler le parquet du Cabaret Botanique. Tous les morceaux s’enchaînent sans pause, on se demande comment les musiciens font pour tenir la cadence.

Le concert passe à une vitesse folle, les seuls marqueurs de temps sont les allées et venues d’une fillette, qui entre sur scène pour quelques notes de flûtes, quelques battements de maracas, quelques mélodies chantées pour soutenir le slam de Ruth Rosenthal. L’assurance de cette petite fille surprend : comment ne pas être intimidée face à un public attentionné et aux photographes qui se pressent pour prendre un cliché de ce petit phénomène ?

Je n’aurais pas donné le qualificatif de « Winter » à cette famille qui chauffe l’ambiance d’une telle manière. Dans leur musique, rien n’est froid et calme. Chaotique est un bon descriptif, il y a des instruments inconnus de partout, la chanteuse alterne entre l’anglais, le français et l’hébreu quasiment entre chaque phrase et les rythmes donnés par Xavier Klaine (le pianiste) peuvent être parfois cassants, imprévisibles. À écouter assurément pour accompagner la venue du beau temps.

Madeleine de Bressy / © Loewen Photographie