Feu! Chatterton et La Femme : un couple de pyromanes au Cabaret Botanique

Dans la nuit de vendredi à samedi, Mythos accueillait deux groupes très attendus par le public : Feu! Chatterton et La Femme, qui allaient se succéder pendant 3h00. Brûlant d’excitation, le Cabaret Botanique s’est véritablement enflammé au terme d’une soirée qui restera longtemps dans les souvenirs de ceux qui y étaient : ça tombe bien, nous y étions.

« Des amoureux de littérature, de poésie, d’essais politiques ou musicaux », voici comment se définissent les membres du groupe Feu! Chatterton. Et c’est bien ça qui caractérise le style musical de ce groupe montant dans la chanson française : toujours poétiques, leurs titres ont insufflé une bouffée de pop et de rock au Cabaret Botanique, hier soir. Le succès du groupe est récent puisque ce n’est qu’en 2015 que sort leur premier album, Ici le jour (a tout enseveli). Des titres comme « A l’aube », ou « La Malinche » dévoilent des paroles lyriques, maniant avec dextérité et second degré la langue française, et révélant « l’insolent et naïf sentiment de liberté » du groupe. Et pour cause, le chanteur, Arthur Teboul, est inspiré dans l’écriture de leurs chansons par des grands noms de la musique française, tel Serge Gainsbourg, Léo Ferré, ou Jacques Brel. Mais aussi par Radiohead et Led Zeppelin : tout le talent de Feu ! Chatterton consiste à mêler beauté de la langue et puissance du rock, comme le prouvent des titres comme « La mort dans la Pinède ». Cette chanson, évoquant le nauffrage du Costa Concordia constitue un slow rock à la portée poétique ensorcelante.

D’autres chansons, comme « Côte condor » envoûtent par leur profondeur, par l’oscillation permanente entre force du rock, qui surgit le temps d’un refrain, et douceur des paroles. Ajoutez à cela une pointe de jazz, qui achève de donner au groupe sa singularité. Une originalité aussi marquée par le style délicieusement dandy des musiciens, tout en costume trois pièces et col boutonné. Hier soir, Feu! Chatterton a enflammé le Cabaret Botanique, par la puissance des basses, des guitares électriques et de la voix rocailleuse, chantée-hurlée, d’Arthur Teboul. A quand un prochain album ?

Compliqué donc, d’imaginer une meilleure introduction pour La Femme. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’aura laissé personne indifférent. Difficile de caractériser ce groupe tant il n’a pas son pareil pour faire de chaque morceau une véritable expérience. Assemblés, il nous ont conté une histoire que beaucoup de monde voulaient entendre, toutes les places pour la soirée ayant été vendues depuis plusieurs semaines.

« Ce soir on va vous présenter quelques morceaux de notre nouvel album, qui devrait sortir en septembre » : chose promise, chose due : c’est avec leur dernier single « Sphynx » que le concert commence. Le décor est bien vite planté : les synthés vont être omniprésents ce soir, le Cabaret Botanique se voile d’un écran de fumée, bref, impossible d’être impassible face au groove de La Femme. Au grès des nouveautés (on retiendra notamment la chanson « Mycose » qui s’avère terriblement efficace sur scène), l’ambiance ne cesse de monter, la chaleur déjà presque étouffante ne retombe pas et c’est bien normal : le groupe enchaîne à présent ses tubes issus de leur premier album « Psycho Tropical Berlin » (vainqueur de la Victoire de la musique en tant qu’album révélation de l’année en 2014).

La véritable force du groupe réside dans sa capacité à imposer son style et son univers. Aux morceaux très rythmés succèdent des titres « pour planer, car nous on aime bien planer » annonce Marlon Magnée (membre fondateur du groupe aux côtés de Sacha Got). Et là encore, c’est efficace : « Hypsoline » résonne et très vite « It’s time to wake up » nous transporte dans la Californie des années 70-80. Passé ce moment de répit pour les jambes des spectateurs (déjà usées par l’énergie de Feu ! Chatterton), « Nous étions deux » permet la parfaite liaison entre l’aspect onirique et ce qui sera la grande montée en puissance du concert avec les tubes « Si un jour » et « Sur la planche ».

La Femme est bien plus qu’un « amour tropical », difficile donc pour le public rennais de la laisser partir… On a alors droit à un rappel complètement délirant pendant lequel le danseur/ambianceur du groupe prendra le micro pour enjoindre le public à se laisser aller pour une dernière chanson, où tout le monde reprendra un refrain improvisé : « Panama Papers ! Panama Papers ! »

Insaisissable, unique ou à contre-courant, les mots peuvent manquer pour qualifier La Femme. Je ne peux m’empêcher de penser qu’avec elle vous tenez une magnifique bande originale pour la vie de tous les jours, avec la capacité de sublimer tout ce qu’elle enveloppe.

La Femme nous transporte, elle nous possède, mais c’est pour ça que l’histoire fut aussi belle.

Enna Le Biavant & Benjamin Monnet
Visuel © Franck Boisselier

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