Laboratoire des Paroles Improbables ou l’expérimentation du langage

Qu’est-ce que ce Laboratoire des Paroles Improbables ? Avant même de me plonger dans l’atmosphère si particulière du théâtre du Vieux Saint Etienne, ce nom enchanteur m’avait… enchantée. Un laboratoire, soit un endroit où l’on construit, déconstruit la parole, en explorant tous ses possibles, en la tordant, en la révélant, toujours en la sublimant. En bref, une incarnation de ce qui fait de Mythos le festival des arts et de la parole. C’est le théâtre du Vieux Saint Etienne, édifice de pierre qui passerait presque inaperçu dans le centre de Rennes, qui accueille le temps d’une semaine ce laboratoire. Dès qu’on entre dans la voûte de l’Eglise, on est immédiatement plongé dans une atmosphère feutrée, à la lumière tamisée. Le sol est recouvert de tapis orientaux, des chaises en bois forment un cercle autour de quelques fauteuils et un porte-micro. Des couvertures trainent, çà et là comme une invitation s’installer confortablement, pour écouter les paroles délicieusement improbables de ces conteurs déjantés.

Commence un premier épisode : réunis lors du « séminaire de la langue » par Pépito Matéo, ses différents invités nous ont conté bien plus qu’une simple histoire : la forme de langage y occupait autant de place que le fond. Après avoir permis au public « d’ouvrir son imaginaire », notre maître de cérémonie se lança dans le récit délirant de la fable « Le corbeau et le renard » en argo, le tout en courant ! (Oui, un « lecteur » avait osé envoyer un courrier reprochant aux conteurs de ne pas savoir faire plusieurs choses en même temps).

Par la suite, la parole fut laissée à des accents chantants, teintés de soleil, venus du Sud de la France pour nous raconter l’occitan. Les invités étaient différents, de par l’âge, le sexe, la langue employée, l’histoire racontée mais tous nous ont conté une réalité que nous ne sommes pas toujours à même d’observer. Comment ne pas avoir été ému par ces 5 personnes, doyennes des intervenants, venues de l’association ATD-Quart Monde, pour nous conter le monde « autrement qu’avec le journal télévisé ou les scoop » ? Au terme de leur récit, une phrase résonnait intarissablement dans les murs du théâtre du Vieux St-Etienne et dans l’esprit de chaque spectateur : «l’Homme est le remède de l’Homme ».

Si les maux du présent peuvent être combattus par la parole, le rire est lui aussi particulièrement efficace : c’est un mélange poétique de ces deux armes de création massive que nous a offert cette première expérience du Laboratoire des paroles improbables, duquel on ressort avec un sourire, simple et sincère.

Le laboratoire se transforme par la suite en plateau TV, pour tenter de répondre à la question que beaucoup de monde se pose secrètement : « Le gruyère, culpabilité ou pas culpabilité ? ».

« Bien souvent oublié, entre le plat et le dessert, sa saveur est révélée par le vin rouge. Que penser de la culpabilité du gruyère ? », se demande un présentateur, en la personne de Nicolas Bonneau. Ses invités : François Lavallée, alias Francesco, andalou amateur de montagne et de belles femmes, accompagné d’un traducteur loufoque. Mais aussi Hocine Hadjali, chanteur à la voix captivante. A leurs côtés, une psychologue en fromage, et enfin le président du parti du Compté. Ces personnages ubuesques s’affrontent et s’interrogent, enchaînent des paroles improvisées mais toujours maîtrisées. Ils en profitent pour filer la métaphore et explorer, en chanson, le thème de la culpabilité et de la diversité. En somme, une deuxième heure suspendue dans le temps, à écouter cette interview décalée et hilarante, le tout confortablement blotti dans une épaisse couverture. Une expérience magique, à tenter absolument !

Enna Le Biavent & Benjamin Monnet
Visuel © Franck Boisselier

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