Lior Shoov, coup de coeur

À la Péniche Spectacle, au bord de la Vilaine, 30 spectateurs sont assis au calme dans une salle résolument intimiste. La directrice annonce Lior Shoov et se dit fière d’accueillir son spectacle « étonnant » et « sans égal ».

Son nom, Lior, signifie Lumière en hébreu. Son premier instrument est son corps. Clown de formation depuis plus de huit ans, elle compose avec ses bras, ses mains, sa joue, sa poitrine, sa voix pour créer des mélodies. Lorsque Lior parle pour la première fois au public, tout le monde affiche déjà un grand sourire. Elle raconte sa propre vie, l’incompréhension pour ses parents de voir son enfant se dédier au théâtre à la musique. Elle tourne en dérision le public un peu peureux et désarçonné face à sa spontanéité.

Tous les yeux s’écarquillent lorsque Lior prend en main le Hang, cet instrument ressemblant à une soucoupe volante gondolée de toute part. Ce n’est pas un concert qu’elle nous propose, c’est une improvisation permanente, une invitation à la méditation, à ne faire qu’un avec son corps. Lior Shoov appelle bientôt un homme du public, Maxime à monter sur scène pour l’assister dans ses prochaines chansons. Elle lui donne un bâton bleu fluorescent comme une épée de Star Wars et s’en réserve deux autres. Aucunes consignes. Ce sont les yeux, les mains qui parlent… Et ça marche. Lior et Maxime se passent les bâtons au creux des pommes de leurs mains, en rythme, esquissant une mélodie sur laquelle Lior improvise et Maxime se met spontanément à improviser. Peut-être est-ce par ce qu’il y avait une bonne synergie entre ces deux êtres, ou bien parce que Lior inspirait une confiance totale… Mais dans tous les cas, il s’agissait d’une scène presque mystique, improbable.

Les surprises ne s’arrêtent jamais. Les rires vont de plus belle lorsque Lior se munit d’une boite à musique d’enfant, celles qui font des bruits d’animaux, et qui agacent très vite les parents, lorsqu’elle est utilisée à haute dose. Elle effectue avec une improvisation mémorable mêlant techniques de clown, beat box et chant. La musique n’a aucune limite. C’est un peu la leçon qu’on retient du spectacle. Dans son dernier morceau, elle tape, frotte un sac plastique et sublime sa légèreté, sa capacité à tout porter puis se vider. Elle voudrait faire de même, pouvoir se libérer. Et pourtant, c’est une partie de nous qu’elle a libéré.

En effet, brisant tous les codes du concert classique, où l’artiste s’expose, chante, raconte, Lior attendait que le public lui aussi s’exprime, exprime ses désirs, sa foi, ses envies. Pour mener l’exercice à son terme, elle allonge, allonge, allonge une de ses musiques, les minutes paraissant interminables, personne ne souhaitant parler. Puis quelqu’un dit «je souhaiterais pouvoir rencontrer quelqu’un que j’aime et qui m’aime en retour », « j’aimerais avoir un gros chien qui viennent me réveiller le matin avec sa truffe chaude sur mon visage ». Les rires éclatent. Tout le monde se prête au jeu. Certains invoquent la paix, d’autre la fin des téléphones portables, la Liberté. Ce vendredi soir, on a refait le monde sous la péniche spectacle.

C’est une rencontre toute particulière qui s’est nouée. Les gens s’en vont avec des idées. Son art rappelle que les codes et les normes sociales ne sont là que parce que l’homme les a créées. On se met à repenser les choses, à se dire qu’il faut oser être soit. On sort un peu transformé par une rencontre dont on se rappellera toujours.

Hors de la péniche, pourtant, tout est pareil.

Etienne Jubault
Visuel © Nico M

Étiqueté , , , , , , , ,