Le dernier ogre ou l’anti-conte

Le dernier ogre est une pièce qui me met mal à l’aise au point que je ne sais pas par où commencer pour décrire les sensations qu’elle transmet. Pourtant, dans la forme, tout est fait pour plaire au public : le jeu du comédien est très léger, très compréhensible et même ludique. L’idée d’accompagner la pièce par des interventions à la guitare électrique permet également de donner une touche colorée à cette pièce sombre et dure. L’histoire se base sur un conte pour enfant, celui du Petit Poucet. On connaît tous la version classique où les sept frères se font abandonner et réussissent à retrouver la maison familiale grâce à la malice du petit dernier. Une histoire qui finit sur un happy end d’une famille qui se retrouve et qui apprend de ses erreurs. Ici, on traitera des personnages oubliés du conte, de l’autre famille, celle de l’ogre. Cet homme qui aura tué par maladresse ses sept filles qu’il aimait tant, alors même qu’il voulait les protéger de sept inconnus qui dormaient dans leur chambre. Cet homme, qui, plein de rage, tentera de retrouver ceux qui lui auront fait commettre cette terrible faute.

Mais on parlera aussi des parents des sept garçons et de la cause de leur abandon. Un conte totalement revisité, joué soit sur un slam en alexandrin multipliant les figures de styles, soit sur un monologue durant lequel le comédien joue le père de famille voulant le meilleur pour ses enfants ; mode de vie naturel, proximité avec le corps et la nature, éducation à la Montessori. En soit, deux récits en parallèle de parents aimants et attentionnés, que le sort va malmener.

Deux histoires lourdes, pesantes, qui abordent des sujets tabous tels que la mort ou le cannibalisme. Mais également une pièce poignante et originale, qui permet de tordre le cou aux préjugés qu’on avale lors de l’enfance.

Madeleine de Bressy / © Philippe Remond