Une heure d’envoûtement avec Anne Paceo

La célèbre jazzwoman française était « de la batterie » hier accompagnée du groupe avec lequel elle a enregistré Bright Shadow, son nouvel album essentiellement écrit autour des voix. Par ce petit bijou, la formation a plongé dans l’envoûtement le Cabaret Botanique ce vendredi soir.

Batteuse et compositrice, la maîtresse du jeu

Ce qui apparaît dès les premières minutes de concert, c’est l’incroyable capacité de la batteuse à se fondre dans l’alchimie qui prend forme sur scène. Apparaissant comme un véritable liant, Anne Paceo allie batterie et voix sur la plupart des morceaux et dégage un plaisir du jeu qui semble se transmettre au groupe puis à l’ensemble de la salle. Outre son style de jeu entremêlant plusieurs influences notamment africaines, la contribution esthétique de la batterie prend la forme d’un jeu velouté qui marie un usage très précis des accents avec un schéma de crescendo identifiable mais efficace. Loin de la démonstration technique comme unique finalité, le rythme reste solidement arrimé aux envolées hypnotisantes des voix et autres instruments. Une observation attentive permet d’ailleurs de voir qu’entre deux sourires, la batteuse marque ses patterns en les imitant vocalement à la manière d’un beat box silencieux. Preuve supplémentaire que le jeu d’Anne Paceo met bel et bien la technique tout entier au service de la mélodie.

Ombre lumineuse et puissante délicatesse

La contradiction musicale du groupe ne s’arrête pas au titre, tout comme l’esthétique envoûtante qui en émane ne s’arrête pas aux talents d’Anne Paceo. En effet, ce qui fait l’unicité des morceaux qu’a pu entendre le public, c’est cette union entre des rythmes rugueux et une mélopée légère. En cela, les voix d’Ann Shirley et Florent Mateo constituent le parfait alter ego des percussions, enveloppant d’une façon si aérienne la symphonie instrumentale. Quant à la guitare (Pierre Perchaud), le saxophone (Christophe Panzani) et le clavier (Tony Paelman), ils ne sont pas en reste puisque toute l’efficacité des morceaux réside dans l’agilité de ces musiciens à jouer entre les deux pôles. On reste ainsi principalement guidé par les boussoles mélodieuses que constituent les voix ainsi que le rythme de la batterie mais les moments-clés sont pourtant bien les ruptures fugaces de l’envoûtement, subtilement amenés par le corps instrumental.

Concrètement, Bright Shadow constitue une parenthèse enchanté que la troupe d’Anne Paceo présente avec une bonne humeur et une complicité qui donne le sourire. À écouter et réécouter ensuite au creux de son canapé !

Alexis Franchaud / © Antoine Julien