Catastrophe / Bertrand Burgalat : Un Printemps à Mythos

Catastrophe, militantisme poétique

« On a souvent l’air ridicule à bouger autant dès le premier morceau mais c’est justement ce qu’on veut ». La couleur est annoncée dès la fin du premier morceau, le public quelque peu interloqué ne mettra pas longtemps à entrer dans le jeu. La chanteuse Blandine Rinkel prévient d’entrée, ce moment sera mémorable, et interroge l’auditoire « qui s’est déjà rendu compte qu’il ne revivra plus jamais cet instant ? ».

Catastrophe fait la promesse d’un éternel printemps et pour une fin d’après-midi rennais plutôt maussade c’est enchantant. Le groupe conjugue à la fois musique, théâtre, danse et beaucoup de poésie, fusionnant le tout en un cocktail explosif à la bonne humeur contagieuse. Une invitation au voyage ultra-colorée et multivitaminée pour une performance tout aussi déjantée que touchante, avec beaucoup de sourires et d’attentions bienveillantes.

Dans le monde de Catastrophe « tout pourrait être autrement », le collectif milite pour un monde où « l’on aurait le droit de répondre à une question qui n’aurait jamais été posée, droit de ne plus savoir, de ne pas comprendre, de ne plus répondre, droit d’avoir une toute autre personnalité » (Be Bop Record). Le groupe multiplie les univers musicaux de la pop au disco, en passant par le RnB et s’essayant même au be-bop souvent sans transition et avec toujours beaucoup de maîtrise. Les harmonies, qui vont parfois jusqu’à cinq voix, sont maîtrisées à la perfection et font la marque du groupe. Le chant oscille en permanence entre lyrisme et dérision parfois même en slam comme pour rappeler que leur style, définitivement intemporel est résolument ancré dans la pop moderne française. Le décalage est présent en filigrane, perceptible dans chaque morceau (Party in my Pussy, Nuggets, L’Amour Tout Nu …)

Sur scène Catastrophe dépasse de loin le simple aspect musical et offre bien plus qu’un spectacle, un moment hallucinant et en dehors du réel. La nuit est encore jeune titre le dernier album du sextuor ; Illuminé par la boule à facettes géante du cabaret botanique le public particulièrement multigénérationnel est encore jeune ce soir. On n’a pas vu le temps passer que le groupe nous quitte sur une dernière injonction à « rester vivant ».

Bertrand Burgalat chante ces choses qu’il n’a pu dire à personne

Et le printemps a de beau jour devant lui à Mythos. C’est Bertrand Burgalat qui prend en charge la seconde partie de ce début de soirée. Avant tout arrangeur et compositeur (de Bandes Originales de films en particulier), c’est un incontournable homme de l’ombre de la chanson française, un véritable touche-à-tout musical et c’est un privilège de le voir se produire sur scène.  Pour l’occasion il est accompagné par ses musiciens (guitare, basse, clavier et batterie) ainsi que par les membres de Catastrophe restés pour faire les chœurs et pour « leur faire essayer son synthé qu’il souhaite vendre ».

La relation entre l’artiste corse et le groupe est particulière, en effet c’est sur le label Tricatel (qu’il a fondé en 1995) que Catastrophe a fait paraître son premier EP Dernier Soleil en 2015. La cohésion entre tous les (très bons) musiciens présents sur scène est sincère et est agréable à voir. Bertrand Burgalat répète le plaisir qu’il a de jouer ce soir pour Mythos et assure regretter n’être pas venu depuis longtemps. Il fait preuve d’une grande sensibilité dans le texte et de beaucoup d’humour, tissant tout au long du set une belle complicité avec le public.

Musicalement, le style est inclassable, entre pop et douce électro, en passant par la bossa nova. On ressent la marque de l’arrangeur à l’écoute de ce son si particulier, à la basse irrésistiblement dansante et aux claviers au son très « cheap » parfois proche de l’easy-listening. On assiste à une symbiose entre variété française et pop électronique, pour un résultat sympathique et plein de fraîcheur qui conquiert une grande partie du public qui danse avec entrain.

À l’instar de la performance de Catastrophe, beaucoup d’insouciance se dégage de ce set, on repart l’esprit léger et rêveur. On peut alors être serein, la pop française – confirmée et à venir – a de jolis et nombreux printemps devant elle.  

Arthur Rochereau / © Jean-Adrien Morandeau