Jason et les Argonautes : un mythe astucieusement remis au goût du jour

La représentation avait lieu au théâtre de La Parcheminerie, nous sommes invités à entrer dans une charmante petite salle aux pierres apparentes. La pièce présentée a été co-réalisée par trois collectifs : La Maison du Conte de Chevilly-Larue, le Théâtre Le Strapontin de Pont-Scorff, et le Centre de Production des Paroles Contemporaines de Rennes. Leur volonté était d’effectuer une lecture contemporaine du célèbre mythe de Jason et la toison d’or sans le trahir, et c’est un pari réussi !

Dès les premières minutes, le monologue de Jason, qui parle un langage parfois assez familier, annonce la couleur. Il s’agit bien d’une revisitation. Très peu d’éléments sont sur scène, quatre chaises et une guitare seulement. Pas de costumes non plus, les cinq acteurs portent une tenue basique et actuelle. Une simplicité contrastante avec les excès propres à la mythologie grecque, l’histoire de Jason étant un exemple parmi d’autres. Pélias le sanguinaire, le frère du roi légitime, règne sur Iolcos. Jason, pour récupérer le trône dont il est l’héritier légitime et venger son père, part à la recherche de la toison d’or en Colchide. Il embarque alors à bord de l’Argos avec son équipage composé de tous les grands héros de la mythologie. Héros par excellence, il bravera les plus grandes épreuves pour accomplir sa destinée, aidé par Médée la magicienne que les dieux ont rendu amoureuse de lui.

Très vite, le public est pris dans la spirale du récit. Les acteurs feignent la confection de l’histoire sous nos yeux. Et cela participe à l’impression d’actualisation. À plusieurs reprises, ils font une pause dans le cours de la narration pour échanger et s’accorder sur le dénouement des événements. Le choix est toujours fait de suivre la ligne de l’histoire originale. Par ailleurs, les comédiens interagissent beaucoup avec le public, cela nous tient en haleine. Lorsqu’ils quittent leur rôle, ils s’adressent parfois à nous comme si nous étions les personnages. Aussi, le spectacle ne manque pas de notes d’humour, notamment d’anachronismes habilement introduits, comme Pélias rongé par le stress.

Sur le fond, la pièce nous fait réfléchir sur la vengeance aveugle qui finit par animer Jason, lui qui devient plus noble que son offenseur Pélias. Il parvient à tout avoir : un royaume, une femme, une reconnaissance. Pourtant, dépassé par sa soif de pouvoir, il répudiera Médé et perdra tout. Seuls lui resteront les vestiges de l’Argos comme souvenir de son aventure épique.

J’ai finalement été agréablement surprise par la prestation. Y allant à l’origine par pure curiosité et sans grande conviction, j’ai assisté à une renaissance de la légende : vivante, drôle, et étonnante. À aller voir sans plus attendre !

Zayneb Ait Ali / © Nico M Photograhe