Radio (a)live : la voix des jeunes raisonne.

Comment ne pas hériter des conflits de ses parents ? Cette question, chacun de nous pourrait se la poser au cours de sa vie. Pourtant, sa réponse est d’autant plus importante quand elle vibre dans la bouche de certains.

Jeudi soir, ce sont Amir, Inès et Yannick qui nous donnaient une leçon d’humanité. Leur confession sur leur vie si particulière, si éloignée et si touchante, en a ému plus d’un. Loin de se larmoyer, tous les trois nous offrent un peu d’intimité, nous partageant leur enfance passée dans un climat de guerre et de génocide.

L’ambiance est si légère quand Yannick nous montre, le sourire aux lèvres, les photos de sa famille ou nous interprète quelques pas de danses. Pourtant, son passé est lourd. D’origine Congolaise et Rwandaise, il nous parle de ce dont on ne parle pas là-bas, le génocide. De comment cela a impacté sa jeunesse, sa relation avec ses parents et comment cela a influencé l’évolution de son pays. Une brise silencieuse souffle encore sur le pays, préférant l’oubli à la réminiscence. Face à cette douleur encore tranchante, il n’est plus question de rappeler les étiquettes ethniques qui divisaient la population. Enterrées, les appellations d’Hutu ou Tutsi, Yannick ne les entendra frontalement que dans la chanson Batard de Stromae.

Inès, elle, est bosniaque mais aussi croate. Enfant d’un couple mixte, elle se retrouve prise dans un conflit qui la divise intérieurement. De quel côté est elle ? Cependant, « Hors catégorie » ne rime pas avec hors conflit. Du génocide, Inès en garde encore les traces dans sa chair suite à une bombe qui a touché son immeuble et blessé près de trente enfants. Elle répugne la division entre les communautés qui a subsisté après la guerre. Dans les écoles, les musulmans étudient le matin et les catholiques, l’après-midi, évitant ainsi toute rencontre mais obligeant Inès à choisir comment se caractériser. Le papa d’Inès, lui, préfère la définir avant tout en tant que « enfant ». Aujourd’hui encore elle ne veut pas subir les restes de la division. Elle a fui ainsi Mostar où les montagnes viennent délimiter les quartiers des différentes communautés. 

Finalement, les séparations sont le centre de ces témoignages. Pour Amir, les frontières sont une réalité, des murs qui restreignent sa liberté. Jusqu’à l’âge de 20 ans, Amir n’a pas connu autre chose que la dure réalité de la Bande de Gaza. Le bourdonnement des avions en permanence, le manque d’eau potable, les 4 heures d’électricité par jour, sont autant de contraintes qui ont rythmé sa vie. En sortant, l’Europe lui semble virtuelle : les étrangers sont forcément des touristes, le métro est une invention de tous les dangers, les chinois tout droit sortis des mangas…

Tous les trois sont donc clairs, ils ont hérité des conflits de leur parents, ils ont même évolué avec et ont été influencé par ce contexte. Cependant, cela les a forgé et tout en prenant du recul sur leur pays, ils continuent d’aller de l’avant.

Pauline Robin / © Philippe Remond