Tempêtes mélancoliques : Shannon Wright / Miossec

Cette soirée du mardi s’ouvre avec un concert des plus incandescents. Pour son set, Shannon Wright fait le choix de n’être accompagnée que d’un seul batteur. Pas besoin de plus, dès les premières notes de guitare la couleur est annoncée, la tension est palpable et ne faiblira pas d’un iota. La configuration guitare/batterie est simple mais résolument efficace et lui laisse tout l’espace sonore disponible pour gratter ses riffs hargneux et bruitistes. Ses chansons traduisent une profonde et fragile mélancolie dans le texte et une énergie d’inspiration noise-rock pour la musique. Elle joue de sa voix puissante et se permet même un instant de chanter sans micro, plongeant pour un magnifique instant le public conquis dans le plus grand silence.

La structure des morceaux se ressemble souvent, d’abord douce et apaisée, accompagnée de sa voix rassurante, et explose dans un chaos de rage. La tension palpable éclate, une tempête revient en permanence après chaque semblant d’éclaircie, tel un ouroboros taché d’énergie et de mélancolie. Un interlude au piano d’une toute autre ambiance vient calmer un peu l’ardeur du set, mais l’électricité ambiante ne tarde pas à faire son retour.

Sur scène Shannon Wright dégage un certain mystère et beaucoup de pudeur, les yeux cachés derrière les cheveux, ses remerciements à l’encontre du public son timides et sincères. C’est là toute la tension du personnage, une artiste en apparence réservée adressant des textes déchirants avec une énergie folle.

« Your love is a forgery
A mockingbird to mimic through me
And these eyes, they will not recover
Your eyes have turned to black »

Shannon WrightPlea – 2004

À 21h Miossec et ses musiciens prennent en mains la suite de la soirée devant un public déjà bien chauffé par la prestation de Shannon Wright. L’ambiance est très chaleureuse, l’artiste brestois est accueilli comme à la maison et ponctue beaucoup de ses morceaux par des notes d’humour.

Piochant dans son répertoire riche de 11 albums parus depuis 1995, il offre la part belle à son dernier album (Les rescapés, 2018). Le titre n’est pas choisi au hasard, dans ses paroles Miossec évoque la tristesse et le déchirement mais contrairement à ses premiers textes il laisse désormais plus de place à l’optimisme, déterminé à ne pas céder ni se résigner à l’attentisme dans une période troublée. « Nous sommes les survivants, nous sommes les rescapés » chante-t-il dans Nous sommes, invitant à prendre du recul et la mesure des urgences du moment. Quelles soient climatiques ou migratoires, ces urgences appellent une action forte, une nécessaire lutte intérieure.

Chaque morceau fait l’économie du superflu, toujours efficace et poignant, touchant droit au cœur. Il impose calme et sérénité, presque du réconfort. Ce soir Miossec a montré encore une fois qu’il était un incontournable de la chanson française, et après le rappel, le public repart convaincu et séduit.

Arthur Rochereau / © Philippe Remond